Le petit copain

Fiche identité

  • Titre du livre : Le petit copain
  • Auteur : Donna Tartt
  • Nombre de pages : 854
  • Édition : Pocket
  • Année de publication : 2002

Résumé

Cette histoire se déroule dans le Mississippi, dans la petite ville d’Alexandria. La famille Dufresnes vit dans l’ombre de Robin, leur enfant assassiné à l’âge de dix ans, un crime qui n’a jamais été élucidé. Les années passent, mais la famille reste aussi meurtrie. Harriet, la cadette, décide alors de découvrir la vérité…

Avis    

Depuis quelques semaines, j’ai l’impression de mener deux vies grâce à ce livre : il suffit que je lise quelques pages et me voilà propulsée dans l’ambiance chaude et moite du Mississippi.
Je ne savais rien de l’intrigue, car je ne lis plus les 4ème de couverture pour éviter tout « spoiler ». Au début de ma lecture, je me suis maintes fois posé la question : mais où l’auteur veut-elle en venir ? De quoi est-il question ?
Nous découvrons petit à petit la famille Cleve Dufresnes : les circonstances qui entourent la mort de Robin, le délitement progressif de la famille et l’isolement dans lequel vivent les deux derniers enfants suite à la dépression de leur mère et le départ de leur père pour Nashville. Le décès de Robin, comme un violent cyclone, a tout balayé sur sa route et n’a laissé que des décombres. Avec le peu qui reste, et le soutien indéfectible de ses tantes, de sa grand-mère et d’Ida, Harriet grandit tant bien que mal derrière l’image idéale de Robin, dans une famille dévastée et rongée par le chagrin.
L’auteur ici nous développe plusieurs profils psychologiques complexes, où les personnages ne sont ni blancs ni noirs. Chacun se débat avec son passé et ses propres démons. Harriet est une enfant attachante, mais déterminée, solitaire et garçon manqué : influencée par ses lectures et par un certain désœuvrement, elle se met en tête de trouver le meurtrier de son frère et de le venger. Mais elle est entraînée dans un engrenage qu’elle ne maîtrise presque plus et découvre le monde complexe des adultes.
L’auteur évoque plusieurs thèmes : la perte de l’innocence, la culpabilité et les gestes qui peuvent devenir irréparables, soient parce qu’ils ont été guidés par une erreur d’appréciation ou par une volonté manifeste de faire du mal ; le temps qui passe et ne revient plus ; les problèmes relatifs à la drogue et à la pauvreté ; la vie et les mœurs dans une bourgade simple des Etats-Unis, la place omniprésente de la religion (et de certaines sectes) dans le quotidien de la plupart des Américains, le clivage entre Blancs et Noirs dans le Mississippi des années 70…
Le style d’écriture est limpide, claire et fluide. S’il y a eu parfois quelques longueurs, j’ai trouvé ce livre envoûtant. J’ai ressenti tellement d’émotions au cours de la lecture : de la tristesse à cause du départ d’Ida ; de l’angoisse face à toutes les bêtises imaginées et réalisées par Harriet et Hely ; de l’affection profonde envers Libby, Edie, Adélaide et Tattycorum ; des fous rires en voyant ce fameux camp baptiste…
Je n’ai pas mis le 5ème cœur, car le livre se termine brusquement et m’a laissée sur ma faim : je pense que je me demanderai toujours quelque part au fond de moi-même ce qu’est devenue Harriet.
Un roman que je vous recommande vivement !

Autre(s) livre(s) de cet auteur commentés dans ce blog : Le maître des illusions

Le colonel Chabert

Fiche identité

  • Titre du livre : Le colonel Chabert
  • Auteur : Honoré de Balzac
  • Nombre de pages : 208
  • Édition : Gallimard
  • Année de publication : 1832

Résumé

Le colonel Chabert a été déclaré mort il y a plusieurs années de cela, à la bataille d’Eylau. Mais gravement blessé, et enterré vif, il finit par s’en sortir miraculeusement et retourne tant bien que mal à Paris pour réclamer son identité et ses droits.

Avis    

En ce moment, je suis dans ma veine classique, et après avoir longtemps hésité, j’ai choisi de continuer à découvrir le génie de Balzac à travers ce petit roman.
Le résumé est clair, mais voici ce que je rajouterai : le colonel Chabert, à son retour à Paris, s’adresse à un avoué, M. Derville, qui par charité, l’aidera.
Mais quelle désillusion pour ce pauvre soldat ! Il arrive dans un Paris où des changements politiques ont eu lieu : adieu Napoléon et retour à la Restauration, autant dire que les soldats de son type ne sont plus les bienvenus. En plus, du temps s’est écoulé : l’administration le juge mort et enterré et ne souhaite pas étudier son cas ; sa femme s’est remariée et détient une large partie de sa fortune. Lui qui croyait être accueilli comme un héros, le voilà considéré comme un paria, un homme dont la présence gêne plus qu’elle n’arrange. La justice elle-même semble être source de complications : a-t-il le droit, ou même la légitimité, de retrouver son nom, sa femme et sa fortune ? A priori oui, mais non…
Chabert est décrit par l’auteur comme un être passif, un soldat habitué aux règles militaires et qui se retrouve perdu dans la vie en société. Son sacrifice à la guerre n’est payé en retour que par de l’ignorance et par des tromperies de son ancienne épouse. Mais il m’a quand même agacé : je l’ai trouvé naïf, candide, généreux au point d’être stupide. Il souhaite rester honorable, méprise sa femme, mais à quel prix ! Pourquoi ne pas avoir au moins lutter pour récupérer une partie de sa fortune ?
Par son attitude, il me rappelle vaguement le père Goriot, tout aussi intègre mais faible, aveugle et bête. Je suis peut-être cynique, mais à quoi sert l’honneur si on est réduit à vivre comme un mendiant ? Si le droit est avec nous, mais qu’on y renonce, qu’on l’abandonne pour des grands principes « dans les nuages » ? Bref, j’arrête de polémiquer et je retrouve mon calme !
Le style d’écriture est très riche, soutenu, avec cette fois-ci un vocabulaire spécifiquement juridique à un certain moment qui peut se révéler ardu. Les premières pages – comme tous les Balzac lus à ce jour – semblent compliquées, mais il faut persévérer un peu et ne pas abandonner tout de suite.
À lire ? Oui, quand même, car il est court et parce que c’est écrit par Balzac, ce grand génie !

Autre(s) livre(s) de cet auteur commentés dans ce blog : Eugénie Grandet – Illusions perduesLa duchesse de LangeaisLe bal de Sceaux – Le père Goriot – Les employésSplendeurs et misères des courtisanesUrsule Mirouët