Le quatrième mur

Fiche identité

  • Titre du livre: Le quatrième mur
  • Auteur: Sorj Chalandon
  • Nombre de pages: 336
  • Édition: Le livre de poche

Résumé

Depuis qu’ils se sont rencontrés, Samuel et Georges sont devenus des amis très proches. Samuel, ancien metteur en scène en Grèce, rêve de monter la pièce Antigone à Beyrouth, en proie à la guerre civile. Lorsqu’il tombe malade, Samuel demande à Georges de continuer son projet.

Avis     

Ce livre fut un uppercut pris en pleine figure. J’ai passé une nuit blanche, avec les descriptions des scènes de guerre comme fantômes qui m’empêchaient de dormir. J’ai revu Georges, jeune idéaliste qui affronte son ultime combat, celui qu’il ne peut pas gagner.
Mais commençons par le début : Georges est le personnage principal de ce livre. Nous allons le comprendre au fur et à mesure : il revient sur son passé, son enfance solitaire et triste, un militant des années 68 qui le pousse à toutes les manifestations et à toutes les batailles contre le fascisme et toute forme d’oppression. Récemment père de famille, il commence enfin à se ranger jusqu’à ce que Samuel, son ami, lui fasse une ultime demande.
Georges veut réaliser coûte que coûte le rêve de son ami Samuel : jouer Antigone à Beyrouth, avec des comédiens venus des différentes communautés. Mais la guerre civile est là, sournoise, cruelle et imprévisible. Georges s’engouffre dans ce piège et n’en sort pas indemne! Je suis presque en colère contre ses deux hommes qui courent après toutes ces illusions au point de gâcher le bonheur à portée de main !
Antigone est le fil d’Ariane de ce livre mais la tragédie qui se joue est bien plus horrible. Je ne connaissais pas le contexte de politique de Beyrouth dans les années 1980 : c’est chose faite. J’ai eu froid dans le dos face à toutes ses atrocités et toutes ses horreurs.
Son style d’écriture est précis, mais fluide. Ces phrases sont courtes, parfois un peu hachées à mon goût.
Je pense qu’on ne sort pas indemne de ce roman : la vie est absurde ; la paix une illusion et l’art comme vecteur de paix un vain espoir qui s’envole à la moindre grenade. Un livre percutant à mettre entre toutes les mains !

Fille noire, fille blanche

Fiche identité

  • Titre du livre: Fille noire, fille blanche
  • Auteur: Joyce Carol Oates
  • Nombre de pages: 384
  • Édition: Points

Résumé

Genna Meade et Minette Swift, deux jeunes filles de dix-huit ans, partagent la même chambre sur un campus universitaire. Mais tous les oppose, que ce soit la couleur de peau, l’origine sociale ou le caractère. Lorsque Minette décède prématurément, Genna revient sur les évènements passés.

Avis     

Dès le début de cette histoire, nous connaissons la fin : Minette Swift est morte à l’âge de dix-neuf ans. Puis vient le retour en arrière selon le point de vue de Genna, sa colocataire dans une chambre universitaire.
Minette Swift est noire, boursière issue d’une famille de pasteurs. On sait qu’elle va mourir. Mais Minette est si antipathique, si distante et rigide que j’ai ressenti peu de compassion pour elle. Ce n’est pas réellement sa couleur de peau qui est en jeu mais son attitude : farouche et solitaire, elle peine à trouver sa place parmi les autres étudiants. Est-elle victime du racisme de l’époque ou a-t-elle profité d’une situation ambiguë pour provoquer ce malaise ? Est-elle aussi une victime de ses parents, qui l’ont mis sur un piédestal, au point qu’elle a du mal à soutenir et à assumer certains échecs ?
Mis à part les évènements qui tournent autour du décès de Minette, Genna revient aussi sur sa propre existence, notamment sa relation compliquée avec sa famille : ses parents qui prônent une culture « hippie », sa mère lunatique sous l’emprise de médicaments, l’image de son père qu’elle vénère mais qui perdra son aura.
Genna m’a fait pitié car elle ressemble à  un petit animal qui manque désespérément de tendresse. Elle veut prendre Minette sous son aile et essuie des rebuffades. Elle souhaite à tout prix attirer l’attention de son père, obnubilé sur d’autres sujets. On lui a inculqué le mépris des biens matériels mais finalement, au lieu de posséder des choses, elle veut posséder les gens.
Le style d’écriture est agréable, fluide et plein de suspens. Il est ponctué quand même de quelques longueurs. Parfois, l’auteur change brusquement de ton et passe de la 1ère et à la 3ème personne sans crier gare. En tout cas, l’auteur pousse le lecteur dans l’inconfort et le malaise par rapport aux sentiments qu’il pourrait accorder aux personnages principaux : je suis moi-même perplexe et mal à l’aise face à ma propre réaction vis-à-vis de Minette!
C’est le premier roman que je lis de cet auteur mais ce fut une belle surprise ! A découvrir !