Madame Zou

Fiche identité

  • Titre du livre: Madame Zou
  • Auteur: Zhang Yihe
  • Nombre de pages: 232
  • Édition: Ming Books

Résumé

Lors de son emprisonnement dans un camp de rééducation par le travail, l’auteur rencontre Madame Zou. Elle nous raconte l’histoire de cette femme.

Avis     

C’est le troisième livre de cet auteur chinois publié en France. Il se situe toujours dans la même veine que les deux autres, c’est-à-dire les conditions de vie des prisonnières chinoises dans un camp de travail.
Mais contrairement aux deux autres, il se subdivise en trois parties assez distinctes :
– la première partie raconte la vie de l’auteur après son incarcération et les choix qu’elle a pris. On sent que cette expérience douloureuse, dix ans d’incarcération, l’ont blessé à vie. D’ailleurs, comment revenir à une vie normale après tant d’années dans l’ombre ?
– la seconde partie raconte la vie de la famille de Madame Zou ainsi que tous les évènements qui ont conduit à son emprisonnement pour vingt ans. Que faire à part s’indigner sur autant d’injustice et de cruauté ? L’auteur dénonce les pratiques de la Révolution culturelle qui, ici, a détruit un foyer. Hélas, la famille Zou n’est qu’une parmi des millions…
– la troisième partie revient sur la vie quotidienne d’un camp de travail : le travail harassant jour après jour, les brimades et tortures imaginées par les gardiennes, l’homosexualité dans les camps etc. Ce sujet, qui j’imagine, reste un tabou en Chine, est bien abordé par l’auteur : ces femmes qui vivent dans une intimité constante finissent par développer des liens.
L’auteur a une plume incisive mais douce à la fois. Elle sait nous restituer avec brio ses émotions et ses sentiments sans sombrer dans le pathétique. Les faits sont bruts : voici ce que j’ai vécu, nous dit-elle.
Je n’ai pas mis le 5ème cœur car il  m’a semblé inachevé et laisse quelques questions en suspens.
J’imagine que ces livres sont censurés en Chine. Quant à l’auteur, qu’est-elle devenue ? Est-elle contrainte à l’exil ou vit-elle toujours en Chine ?
Pour conclure, c’est une collection à découvrir !

Autre(s) livre(s) de cet auteur commentés dans ce blog: Madame LiuMadame Yang

L’art de perdre

Fiche identité

  • Titre du livre: L’art de perdre
  • Auteur: Alice Zeniter
  • Nombre de pages: 600
  • Édition: J’ai lu

Résumé

L’Algérie dont est originaire sa famille n’est qu’une ombre sans grand intérêt pour Naïma. Face aux questions identitaires qui prennent de l’ampleur en France, elle essaie de revenir à son histoire familiale pour comprendre sa place.

Avis     

Il m’a fallu du temps pour écrire ce commentaire et pour prendre du recul sur ce récit historique riche en émotions.
C’est l’histoire d’une famille kabyle depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui. Trois générations, des choix qui sont lourds de conséquences et ce passé silencieux qui les hante comme un fantôme.
Ali, propriétaire terrien kabyle, choisit le camp français lors des troubles causés par le FLN. Ce choix est guidé par l’envie de protéger sa famille mais lorsque les évènements s’accélèrent, il quitte l’Algérie et devient ainsi un harki. L’arrivée en France se passe mal : sa famille et lui sont parqués comme des animaux dans plusieurs camps avant d’être logés dans un HLM en Normandie.
Les deux générations suivantes resteront en France mais le clivage demeure entre leurs deux cultures. Hamid, le fils aîné, vit mal cette situation : lui qui enfant a connu la Kabylie essaie de s’intégrer tant bien que mal dans ce nouveau pays, d’oublier ses racines, de se fondre dans la masse mais y arrivera-t-il ?
Naïma, elle, est à la recherche de leur passé familial car la crise identitaire en France la met de plus en plus mal à l’aise.
Nous découvrons énormément de choses dans ce livre : la vie durant la colonisation française en Algérie, les conditions de vie tragiques des harkis lors de leur arrivée en France, les sentiments qui animent la deuxième et troisième génération d’exilés algériens, les crises qui secouent la France du XXIème siècle etc.
Ce roman a un parfum de mélancolie, de nostalgie qui vous prend à la gorge. L’auteur a su restituer avec brio tous ces sentiments liés à l’exil, l’immigration, la solitude, l’intégration dans un nouveau pays. Elle ne sombre ni dans la colère ni le pathétique ni les stéréotypes : tout est beau, juste, avec une maîtrise à couper le souffle.
Le style d’écriture est élégant, doux et fluide. L’auteur sait nous tenir en haleine, nous captiver et  nous attacher à ses personnages. Je n’ai juste pas mis le 5ème cœur car j’ai trouvé la troisième partie moins intéressante que les deux premières.
Pour conclure, un livre à lire de toute urgence !