L’enfant unique

Fiche identité

  • Titre du livre : L’enfant unique
  • Auteur : Xinran
  • Nombre de pages : 440
  • Édition : Philippe Picquier
  • Année de publication : 2015

Résumé

À travers dix chapitres, nous avons une description de quelques enfants issus de la première génération d’enfant unique, politique natale imposée par le gouvernement chinois à partir des années 1970.

 Avis     

Les gens qui me suivent régulièrement sur ce blog vont me rétorquer : encore un livre sur les enfants ! C’est vrai que depuis l’arrivée de mon petit bout d’homme, je suis devenue attachée à ce type de sujet, peut-être une façon inconsciente d’appréhender cette formidable aventure qu’est la maternité.
Si le début de ce livre est prometteur, je me suis lassée au fur et à mesure des pages, ce qui explique cette note moyenne, presque passable. J’ai l’impression que les scénarios sont toujours les mêmes : il s’agit essentiellement de jeunes adultes chinois issus de famille favorisées qui ont été envoyés à l’étranger pour terminer leurs études. Ces « petits empereurs/impératrices », prunelles des yeux de leurs parents n’ont jamais été confrontés à la réalité quotidienne (corvées ménagères basiques comme éplucher des légumes ou ranger ses affaires dans un placard, commande d’un menu au restaurant, ménage, etc.), cantonnés qu’ils étaient dans leurs études et dans leur bulle dorée. Au lieu d’être des adultes autonomes, ce sont de véritables assistés, souvent égoïstes et matérialistes, qui manquent d’empathie. Pour Xinran, cette politique familiale a modifié le visage social et démographique de la Chine qui est devenue une nation corrompue, individualiste et sans bienveillance.
L’éducation chinoise est un système oppressant et culpabilisant où la satisfaction des parents est prépondérante. Si l’honneur ne rejaillit pas sur la famille, si « on perd la face », si les désirs des parents ne sont pas comblés, l’enfant subit une pression très forte qui annihile sa personnalité et ses propres envies. La plupart du temps, il se plie aux règles sociales au détriment de son bien-être. En annexe, vous trouverez un traité de l’éducation morale d’antan, le Dizigui, qui reflète en partie cette culture.
Je n’ai pas aimé le ton moralisateur et donneur de leçons qu’elle utilise. L’auteur se met trop en avant, distille des leçons de sociologie sur la place de la Chine dans l’économie mondiale et déplore le manque d’intérêt que les Occidentaux ont envers son pays. Lorsqu’elle écrit que le Tibet est une province chinoise, j’ai bondi au plafond !
Le style d’écriture est globalement correct, simple malgré des passages assez didactiques et moins fluides. On a plus l’impression de lire un documentaire qu’un témoignage intime de jeunes adultes. L’auteur parle pour eux, au lieu de leur laisser la place. Il manque plus de sensibilité et d’émotion, qui aurait pu rendre ce livre plus attachant.
Bon, une lecture que je recommande aux personnes intéressées par la société chinoise !

Autre(s) livre(s) de cet auteur commentés dans ce blog : Baguettes chinoisesChinoisesFunérailles célestes – Messages de mères inconnues

Chanson douce

Fiche identité

  • Titre du livre : Chanson douce
  • Auteur : Leïla Slimani
  • Nombre de pages : 240
  • Édition : Gallimard
  • Année de publication : 2016

Résumé

Lorsque Myriam reprend le travail après une vie de femme au foyer, son mari et elle confient la garde de leurs deux enfants à Louise, une nounou. Cette femme, assez effacée au premier abord, est une vraie perle pour les parents. Mais que se cache-t-il derrière ces apparences parfaites ?

 Avis     

Ce livre, primé au Goncourt 2016, m’a attiré avec son titre doux et évocateur des berceuses de l’enfance. Mais dès la première ligne, c’est le coup de poing dans la figure : on découvre deux enfants assassinés par leur nounou. Dans ce court récit, l’auteur revient sur les faits qui ont conduit à ce crime horrible.
Elle décrit une famille parisienne avec des parents accaparés par leur travail et emprisonnés par leurs ambitions professionnelles ; des enfants laissés à la garde d’une nounou qui, insidieusement, prend de plus en plus de place dans le cocon familial.
Personnellement, ce livre m’a donné froid dans le dos, d’autant plus qu’en tant que jeune maman qui travaille, je confie mon enfant à une nounou durant mon absence. Cette histoire a de nouveau remué le couteau dans la plaie sur mon très fort sentiment de culpabilité de le laisser à d’autres personnes au lieu d’en prendre soin moi-même. J’espère ne pas ressembler à cette mère qui délègue le quotidien, les moments complices et l’intimité de ses enfants à une étrangère.
L’auteur esquisse petit à petit un portrait de Louise, une femme dans la précarité et dans une solitude extrême, qui sombre peu à peu dans la folie sans que personne ne s’en rende compte.
Le style d’écriture est agréable et fluide malgré un sujet assez tragique. Mais je trouve l’ensemble un peu léger quand même. J’aurais aimé que l’auteur creuse encore plus les émotions et les sentiments de chacun des protagonistes au lieu de les effleurer.
Ce roman soulève aussi plusieurs questions qui n’ont pas été assez approfondies à mon goût : les relations assez ambiguës qui peuvent exister entre un employeur et un salarié lorsque ce dernier intervient dans la vie intime et familiale, l’(im)possibilité de concilier vie privée/professionnelle, la place des nounous dans le schéma domestique et contemporain quand les parents travaillent, les liens qui se tissent entre nounous et enfants gardés, etc.
Ce roman, qui glace le sang, n’est pas à mettre entre toutes les mains. Personnellement, j’en ressors déboussolée et plein de tristesse.