L’enfant unique

Fiche identité

  • Titre du livre: L’enfant unique
  • Auteur: Xinran
  • Nombre de pages: 440
  • Édition: Philippe Picquier

Résumé

A travers dix chapitres, nous avons une description de quelques enfants issus de la première génération d’enfant unique, politique natale imposée par le gouvernement chinois à partir des années 1970.

 Avis     Coeur-blogCoeur-blogCoeur-blog     

Les gens qui me suivent régulièrement sur ce blog vont me rétorquer : encore un livre sur les enfants ! C’est vrai que depuis l’arrivée de mon petit bout d’homme, je suis devenue attachée à ce type de sujet, peut-être une façon inconsciente d’appréhender cette formidable aventure qu’est la maternité.
Si le début de ce livre est prometteur, je me suis lassée au fur et à mesure des pages, ce qui explique cette note moyenne, presque passable. J’ai l’impression que les scénarios sont toujours les mêmes : il s’agit essentiellement de jeunes adultes chinois issus de famille favorisées qui ont été envoyés à l’étranger pour terminer leurs études. Ces «petits empereurs/impératrices », prunelles des yeux de leurs parents n’ont jamais été confrontés à la réalité quotidienne (corvées ménagères basiques comme éplucher des légumes ou ranger ses affaires dans un placard, commande d’un menu au restaurant, ménage etc.), cantonnés qu’ils étaient dans leurs études et leur bulle dorée. Au lieu d’être des adultes autonomes, ce sont de véritables assistés, souvent égoïstes et matérialistes, qui manquent d’empathie. Pour Xinran, cette politique familiale a modifié le visage social et démographique de la Chine qui est devenue une nation corrompue, individualiste et sans bienveillance.
L’éducation chinoise est un système oppressant et culpabilisant où la satisfaction des parents est prépondérante. Si l’honneur ne rejaillit pas sur la famille, si « on perd la face », si les désirs des parents ne sont pas comblés, l’enfant subit une pression très forte qui annihile sa personnalité et ses propres envies. La plupart du temps, il se plie aux règles sociales au détriment de son bien-être. En annexe, vous trouverez un traité de l’éducation morale d’antan, le Dizigui, qui reflète en partie cette culture.
Je n’ai pas aimé le ton moralisateur et donneur de leçons qu’elle utilise. L’auteur se met trop en avant, distille des leçons de sociologie sur la place de la Chine dans l’économie mondiale et déplore le manque d’intérêt que les Occidentaux ont envers son pays. Lorsqu’elle écrit que le Tibet est une province chinoise, j’ai bondi au plafond!
Le style d’écriture est globalement correct, simple malgré des passages assez didactiques et moins fluides. On a plus l’impression de lire un documentaire qu’un témoignage intime de jeunes adultes. L’auteur parle pour eux, au lieu de leur laisser la place. Il manque plus de sensibilité et d’émotion, qui aurait pu rendre ce livre plus attachant.
Bon, une lecture que je recommande aux personnes intéressées par la société chinoise !

Autre(s) livre(s) de cet auteur commentés dans ce blog: ChinoisesFunérailles célestes

Epouses et concubines

Fiche identité

  • Titre du livre: Epouses et concubines
  • Auteur: Su Tong
  • Nombre de pages: 125
  • Édition: Le livre de poche

Résumé

A l’âge de dix-neuf ans, suite à la ruine de sa famille, la belle Songlian devient la quatrième épouse du vieux Chen Zuoqian.

Avis     Coeur-blogCoeur-blogCoeur-blogCoeur-blog      

J’avance doucement dans la découverte de la littérature chinoise contemporaine. De plus en plus d’éditeurs commencent à publier ces romans, ce qui donne un large choix pour les lecteurs avides de nouvelles sensations.
Ce livre décrit les conditions de vie des femmes chinoises dans les années 20. Pour échapper à la misère ou pour avoir une situation sociale acceptable, les femmes se réfugient dans le mariage. A cette époque, la polygamie est tolérée donc elles sont plusieurs à partager le même époux. Mais quitter la pauvreté pour ce système est-il une solution bien enviable ?
Nous allons découvrir les rivalités entre épouses, prêtes à tout pour garder leur influence sur le mari. Tous les coups sont permis, pourvu qu’elles restent dans la course. Les enfants vivent aussi dans cette ambiance tendue et participent à leur manière à cette guerre de pouvoir. Les personnages sont bien décrits et bien travaillés par l’auteur. Il n’y a pas ici de caricature mais des protagonistes complexes, redoutables, fourbes et cruels mais paradoxalement tellement humains. N’aurions-nous pas fait la même chose à leur place, tellement elles sont acculées ? Enfermées dans cette maison et en proie à une solitude quotidienne, ne leur reste-t-il plus que la méchanceté dans le cœur ?
On découvre aussi brièvement le traitement ignoble des domestiques, soumises aux sautes humeurs de leurs maîtresses.
La place du mari est aussi ambiguë : on ne sait pas très bien s’il est soumis à ces jeux de pouvoirs ou s’il s’en délecte. En tout cas, il reste le seul qui a le dernier mort et qui a le droit de vie et de mort sur toutes ses épouses quand cela lui chante.
En tout cas, le style d’écriture est agréable, fluide et précis. L’auteur ne sombre pas dans le pathétique mais reste dans un ton sobre et réaliste. 
A découvrir pour les amateurs de littérature chinoise !