Loin de la foule déchaînée

Fiche identité

  • Titre du livre : Loin de la foule déchaînée
  • Auteur : Thomas Hardy
  • Nombre de pages : 432
  • Édition : Sillage
  • Année de publication : 1874

Résumé

Cette histoire se déroule dans le Wessex, dans l’Angleterre du XIXème siècle. Bathsheba Everdene hérite de la ferme de son oncle. Jeune femme indépendante et fière, elle souhaite gérer le domaine toute seule. Mais…

Avis    

Après une superbe découverte de l’ouvrage de Julie Otsuka, je retourne dans mon style de livre favori : la littérature anglaise du XIXème siècle. Et c’est Thomas Hardy qui a été de nouveau l’heureux élu, car depuis Jude l’obscur, je le regarde avec un tout autre oeil.
Cette histoire présente moins de caractère tragique par rapport aux deux autres oeuvres de Thomas Hardy que j’ai lu. Il est plus doux, plus champêtre aussi avec beaucoup de références à la nature et à la campagne anglaise.
L’auteur nous abreuve de magnifiques descriptions du sud-ouest de l’Angleterre, au point qu’on a envie d’y aller, même en plein hiver. Il décrit la vie des fermiers dans le petit village de Weatherbury, les interactions sociales, le travail des champs et la vie quotidienne.
Dans ce récit, nous sommes plutôt confrontés à la bêtise humaine, à des erreurs anodines qui sont lourdes de conséquences, à l’orgueil, à l’aveuglement de la passion qu’à la fatalité qui frappe soudainement. On suit l’évolution de Bathsheba Everdene, une jeune femme belle et indépendante. Par imprudence, elle s’attire l’amour du fermier Boldwood, qui en perd presque la tête pour elle. De son côté, elle s’amourache d’un soldat, le sergent Troy, un homme charmant au premier abord, mais qui cache un passé obscur et un caractère épouvantable. Je m’arrêterai là pour vous laisser tout le loisir de découvrir la vie de l’ensemble des protagonistes. Si vous aimez les « english drama », vous ne serez absolument pas déçu(e)s !
Le style d’écriture est riche, avec, comme je l’ai dit plus haut, de belles descriptions de la campagne anglaise. L’auteur a ce don de décrypter la nature humaine, d’aller au plus près des sentiments de chacun des protagonistes et de nous les transcrire avec justesse et finesse. On a l’impression de côtoyer des personnages réels le temps d’un instant : Bathsheba, Boldwood, Gabriel Oak, Francis Troy, Joseph Poorgrass et les autres fermiers semblent presque des amis intimes tellement le livre est bien écrit.
Ce livre a une fin plus douce et plus candide que Tess d’Urberville ou Jude l’obscur. Mais on sent déjà les thèmes de prédilection de Thomas Hardy, notamment la critique du mariage, encore qu’ici ils sont moins virulents et moins ironiques que dans ces deux prochains ouvrages.
Un très bon ouvrage anglais à découvrir aussi !!!

Autre(s) livre(s) de cet auteur commentés dans ce blog : Jude l’obscurLe maire de Casterbridge –  Tess d’Urberville

Certaines n’avaient jamais vu la mer

Fiche identité

  • Titre du livre : Certaines n’avaient jamais vu la mer
  • Auteur : Julie Otsuka
  • Nombre de pages : 144
  • Édition : Phebus
  • Année de publication : 2011

Résumé

L’auteur raconte ici le destin de plusieurs femmes japonaises, exilées en Californie au début du XXème siècle. En effet, elles se sont retrouvées marier par procuration – soit par choix, soit par décision de leur famille – à un homme qu’elles n’ont jamais vu.

Avis    

Après avoir cherché en vain depuis plusieurs mois un livre susceptible de me surprendre, voici que j’en trouve enfin UN qui m’a beaucoup ému et qui mérite amplement sa place parmi les meilleurs livres que j’ai lu jusqu’à maintenant.
Je commencerai par le style d’écriture : il y a une poésie dans chaque ligne, une émotion dans chaque phrase, une mélodie dans chaque paragraphe. L’auteur ne raconte pas l’histoire d’une personne, mais se fait la voix de plusieurs femmes japonaises exilées et mariées à des inconnus. Elle a un talent indéniable pour décrire chaque situation en peu de mots, pour nous partager les souffrances, les petites joies et les misères de chacune de ces femmes.
Car de la misère, oui, il y en a au point d’en avoir les larmes aux yeux : tout commence par leur trajet en bateau, où elles évoquent ce mari inconnu, qu’elles ont vu sur une photo. Ensuite vient la nuit de noces, souvent violente et brutale. Puis la désillusion complète : au lieu d’être marié à un riche homme comme le promettait l’entremetteuse, elles se retrouvent à travailler dans les champs, à récolter des fruits et des légumes de ville en ville en Californie, à vivre dans un pays dont elles ne connaissent ni la langue ni la culture, à supporter les brimades et les abus, à accoucher seule dans les champs ou dans un taudis, à travailler comme domestique chez des riches californiens, à voir grandir leurs enfants dans un environnement inconnu, à subir leurs rejets et leurs moqueries car eux se sont adaptés aux Etats-Unis et ne comprennent pas les valeurs traditionnelles japonaises… Je n’en dirais pas plus, mais il y a tellement de choses qu’on découvre et qu’on vit à travers ces quelques pages. L’auteur ne sombre ni dans le pathétique, ni dans le ressentiment, ni dans la plainte : elle décrit avec justesse chaque parcelle de vie.
La fin, brutale et triste, nous apprend beaucoup de choses du point de vue historique : les vagues d’immigration qui ont eu lieu en Californie, le statut des Japonais à la veille de la Seconde Guerre mondiale, leur envoi dans des camps où personne n’a plus entendu parler d’eux. C’est un pan de l’histoire américaine, assez sombre et méconnu (en tout cas pour moi), mais qui mérite de ne pas être oublié !
Ce fut pour moi, une lecture inoubliable, une vraie pépite d’or ! Un livre magnifique à lire de toute urgence !