Nouilles froides à Pyongyang

Fiche identité

  • Titre du livre : Nouilles froides à Pyongyang
  • Auteur : Jean-Luc Coatalem
  • Nombre de pages : 240
  • Édition : Grasset
  • Année de publication : 2013

Résumé

L’auteur se fait passer pour un représentant d’une agence touristique afin d’obtenir un visa pour la Corée du Nord. Accompagné de son vieil ami Clorinde, il y débarque pour une visite d’une dizaine de jours.

Avis    

Après le Tibet, nous continuons notre périple dans les pays méconnus de l’Asie grâce à ce livre qui parle de la Corée du Nord. Le résumé, assez exhaustif, nous donne déjà les grandes lignes de ce récit de voyage : l’auteur, avec son ami Clorinde, part en Corée du Nord pour une prospection touristique. Mais arrivé sur place, il se retrouve flanqué de deux guides qui ne le lâcheront pas d’une semelle. Son séjour est planifié sans aucune possibilité d’improvisation ou marge de manœuvre : ils vont là où les autorités nord-coréennes ont décidé.
À travers le récit de l’auteur, nous découvrons un régime totalitaire, centré exclusivement sur la personnalité de Kim-Jong-Il (qui était encore vivant à l’époque de l’écriture) et caractérisé par une absence totale de liberté individuelle, de liberté d’expression ou même de droits humains les plus fondamentaux. Il décrit la Corée du Nord comme un pays très pauvre, où les paradoxes sont saisissants : des hôtels de 500 chambres vides et sans électricité, des longues et grandes avenues sans aucune voiture et pourtant une population mourant de faim. Même les attractions touristiques présentées dans les brochures sont des affabulations tellement flagrantes qu’on se demande presque si ce n’est pas une blague. Par exemple, plutôt que de découvrir « la zone thermale entourée de collines », nos deux compères se retrouvent avec une baignoire remplie de boues et d’herbes dans un hôtel miteux ! C’est un système absurde, incohérent basé sur le déni de la réalité et le mensonge systématique, MAIS c’est un système qui existe, et ce, depuis 1953 !
Mais plusieurs points m’ont freiné. Nous tournons un peu en rond dans le livre, avec l’impression de voir les mêmes scènes, plaintes et reproches se répéter. Ensuite, l’auteur a agrémenté son récit par plusieurs digressions sur l’ouvrage d’Herman Melville intitulé Mardi. Et là, je me suis un peu énervé : pourquoi nous raconter cette histoire ? Pourquoi nous partager ces envolées lyriques et son opinion sur autant de pages ? Quel intérêt apporte-t-il si ce n’est d’étendre l’épaisseur de ce récit de voyage ? Je n’ai pas mis moins de cœurs uniquement par égard pour l’auteur qui a pris des risques énormes en s’introduisant en Corée du Nord.
À lire ? Je ne sais pas.

L’étranger

Fiche identité

  • Titre du livre : L’étranger
  • Auteur : Albert Camus
  • Nombre de pages : 191
  • Édition: Gallimard
  • Année de publication : 1942

Résumé

Nous suivons le destin de Meursault, un homme vivant à Alger.

Avis    

Encore un résumé succinct, qui ne dit rien de concret, mais je ne pouvais pas mettre plus d’éléments sans dévoiler toute l’histoire. Et en plus, je viens de noter une autre coïncidence incroyable avec le livre précédent : il commence tous les deux par un enterrement !
Dès les premières lignes, nous sommes confrontés à un style d’écriture neutre, avec des phrases courtes, précises et très simples. Il s’agit pour l’auteur de décrire les faits et gestes de Meursault sans entrer dans l’analyse. Moi qui aime les longues phrases lyriques qui débordent de partout, j’étais décontenancé par ce style épuré, mais je me suis vite habituée et je l’ai trouvé très beau à sa manière. Les phrases ressemblent à des petites gouttes qui s’écoulent doucement.
Nous suivons Meursault, un héros très atypique. Sans être un simple d’esprit, il se contente de ce qu’il a sans être tiraillé par l’ambition, il ne se pose pas de questions existentialistes sur l’amour, l’amitié ou la mort, mais se satisfaisait pleinement d’une vie simple. Il accepte les faits bruts et ne s’embarrasse pas de pensées « parasites ». Son comportement est déroutant pour les gens de son entourage : pourquoi ne pleure-t-il pas à l’enterrement de sa mère ? Pourquoi est-il si indifférent et « étranger » au monde ? Et surtout, pourquoi a-t-il tué cet Arabe sur la plage ? On craint Meursault parce qu’il est différent, on le juge plus sur son comportement lors de l’enterrement de sa mère que sur son crime.
Je pense que comme tout lecteur, j’ai jugé Meursault selon mes propres standards : je l’ai trouvé peu sympathique, insensible et étrange. Mais à la fin du livre, je me suis dit que je n’avais aucun droit de porter un jugement de valeur sur lui. Il a le droit d’être ce qu’il est, de vivre sa vie et si ce crime paraît absurde, c’est que peut-être la vie elle-même l’est.
Ce livre nous pousse à nous questionner sur le droit à la différence d’abord, sur le sens même de la vie, sur la peine de mort aussi, sur l’impartialité de la justice humaine, sur ce qu’on entend par « normalité ». Il y a tellement de choses condensées dans ce petit ouvrage, tellement de subtilités qu’on en ressort avec un bouillonnement d’idées. 
Je pense que ce livre est un vrai chef-d’œuvre intemporel !  À lire au moins une fois dans sa vie !