L’aveuglement

Fiche identité

  • Titre du livre: L’aveuglement
  • Auteur: José Saramago
  • Nombre de pages: 384
  • Édition: Seuil

Résumé

Une personne devient aveugle subitement au volant de sa voiture. Il s’arrête, crée une certaine confusion qui finit par se calmer lorsqu’un homme s’offre gentiment à le ramener chez lui.
Mais cette maladie se propage rapidement sans explication scientifique : un cas contact devient au bout de quelques heures un cas aveugle. Le phénomène se transforme rapidement en une pandémie incontrôlable.

Avis     

Je ressors de ce roman ravi et époustouflé par le thème choisi par l’auteur. Quel chef-d’œuvre ! Alors là, chers lecteurs, quel chef-d’œuvre ! Ce livre vous glace le sang en même temps qu’il vous donne une perspective plutôt pessimiste sur l’être humain.
Quand des gens deviennent aveugles du jour au lendemain, le gouvernement décide de les enfermer dans un hospice sans aucune aide hospitalière. Ils doivent se débrouiller par eux-mêmes hormis des box de nourriture déposés à l’entrée. Dans cet endroit, les règles ne sont plus les mêmes : comment rester propre ? Comment continuer à vivre normalement alors qu’on ne voit plus rien ? Comment faire lorsque d’autres individus imposent leur loi et que plus personne n’est là pour protéger vos droits ?
Dans ce microcosme qu’est l’asile de fous se crée de nouvelles conditions sociales, de nouvelles situations effrayantes de réalisme. Je me suis dit : ça ne peut pas se passer ainsi ! Mais à bien y réfléchir, je me suis dit : ça ne peut que se passer ainsi ! Une fois la vue perdue, l’homme devient rapidement une bête sauvage. La civilisation, qu’on prône avec tellement de fierté, n’est plus qu’un tas de merde (pardonnez-moi le terme mais ce mot résume tout l’esprit de ce livre !).
Le style d’écriture est assez particulier. Il est fluide, très agréable mais les dialogues se font sous formes de successions de virgules. Au début c’est assez déroutant mais on s’y habitue bien vite. Les descriptions restituent bien l’ambiance d’apocalypse : on visualise avec acuité les tas d’immondices disséminés partout (âmes sensibles, accrochez-vous !), le chaos et l’anarchie qui règnent.
Personne ne peut sortir indemne de ce livre. C’est intelligent, addictif et brillamment construit ! Un chef-d’œuvre que je recommande à tous !

L’homme qui savait la langue des serpents

Fiche identité

  • Titre du livre: L’homme qui savait la langue des serpents
  • Auteur: Andrus Kiviräkh
  • Nombre de pages: 470
  • Édition: Le Tripode

Résumé

Cette histoire se déroule en Estonie, quelque part dans une époque médiévale fantastique. Leemet a toujours vécu dans la forêt comme ses ancêtres avant lui. Mais leur mode de vie décline peu à peu : les gens préfèrent s’installer aux villages et adopter d’autres coutumes.

 Avis     

Ce livre nous plonge dans une ambiance particulière, à mi-chemin entre un monde médiéval et un univers fantastique.  Nous découvrons deux modes de vie : celui de la forêt où Leemet a toujours baigné, et celui du village d’en bas, qui attire de plus en plus les habitants de la forêt.
Dès le début du livre, le lecteur sait ce qui va se passer. Le narrateur nous raconte le déclin de son monde. Les traditions ancestrales se perdent : les hommes préfèrent manger du pain plutôt que de la viande ; les louves ne sont plus domestiquées pour qu’on boive leur lait ; les hommes ont oublié la langue des serpents, celle qui permettait de contrôler la plupart des animaux ; la légendaire Salamandre a disparu.
Leemet, au début, est fasciné par la nouveauté qu’inspire le village : tout semble si attirant, que ce soit la nourriture, les outils, les vêtements etc. Mais, son choix restera celui de la forêt, notamment parce qu’il est influencé par sa famille et qu’il est attaché à son amie Ints. Il constate le délitement de son monde : certains vouent une haine féroce à ceux qui sont partis ; d’autres se raccrochent désespérément à leur mode de vie ou aux anciens dieux au point de frôler la folie. Ceux qui sont partis aussi ont tout rejeté pour adopter une nouvelle culture : le lien qui les unissait au monde animal et à la nature a totalement disparu ; les légendes sont perdues à jamais, reléguées au mieux au rang de contes pour effrayer les gens.
Ce livre est empreint de nostalgie mais aussi de réalisme. A aucun moment, il ne fait l’apologie de l’ancien mode de vie au détriment de l’autre. L’ancien monde comme le nouveau est emplit de violence et d’intolérance : son grand-père et lui-même ont massacré des gens innocents ; les villageois ont détruit la tanière des serpents.
Leemet constate que le christianisme a remplacé les anciens dieux mais que le schéma reste le même.
C’est une histoire originale, loin des intrigues conventionnelles. On peut le lire sur plusieurs angles : un conte fantastique, une ode à la nature. Je le comprends surtout ainsi : trouver l’équilibre et l’harmonie entre les anciennes coutumes et les changements que la vie apporte. Accepter les nouveautés sans oublier d’où l’on vient.
Le style d’écriture est fluide, agréable et enchanteur. Comment ne pas regarder d’un autre œil les serpents après ce livre ?
En tout cas, je vous recommande vivement cette histoire !