Dolores Claiborne

Fiche identité

  • Titre du livre: Dolores Claiborne
  • Auteur: Stephen King
  • Nombre de pages: 336
  • Édition: Pocket

Résumé

Un soir, Dolores Claiborne débarque au commissariat de police de Little Tall pour avouer deux choses :
– l’accident qui a coûté la vie à son mari, il y a trente ans de cela, n’en était pas un.
– le meurtre de sa patronne Vera Donovan, qu’on lui impute actuellement, est une erreur.

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Stephen King est un auteur que je lis depuis mon adolescence. C’est comme un compagnon de route que j’aime croiser régulièrement et avec qui je prends plaisir à faire un bout de chemin ensemble.  Ici, il n’est pas question de créatures épouvantables qui poursuivent les enfants dans des égouts mais de «monstres ordinaires ». Ce monstre est la violence conjugale.
Dolores Claiborne confesse ici son crime : oui, elle a tué son mari le soir de l’éclipse.  Si, à un moment les soupçons se sont posés sur elle,  il n’y a pas eu suffisamment de preuves tangibles pour la condamner.
Ce qui est surtout intéressant à suivre dans ce récit est la raison de ce geste. On entre doucement dans l’intimité de la famille au fur et à mesure que Dolores raconte son histoire. Elle travaille durement comme femme de ménage et peine à joindre les deux bouts  avec ces trois enfants à charge et un mari alcoolique, paresseux et violent. Mais, pendant qu’elle est occupée à trimer pour une patronne exécrable et lunatique, la tranquillité de son foyer vole doucement en éclats sous ses yeux sans qu’elle comprenne pourquoi.  
Dolores est un personnage très attachant qui m’a beaucoup émue. Elle a son franc-parler, un caractère bien trempé mais elle symbolise pour moi le sens même du courage d’une mère de famille: se lever le matin et tenir quoiqu’il arrive malgré les circonstances difficiles dans son travail ; songer à l’avenir de ses enfants en mettant quelques dollars de côté pour qu’ils puissent un jour aller à l’université; et SURTOUT oser tenir tête à son mari pour qu’il ne la frappe plus. Cette scène est juste mémorable : les hommes qui battent leurs femmes sont des lâches !
Je ne peux pas la blâmer pour son crime, car à sa place, qui sait si je n’aurai pas fait pire ! D’ailleurs, qui aurait cru que son mariage allait tourner dans cette direction ? Un amour qui commence au lycée, une grossesse imprévue et la voilà mariée à une brute immonde et pervers !
Et sa patronne, c’est aussi un sacré numéro, une vraie bique acariâtre et sadique ! C’est seulement en apprenant son secret que j’ai ressenti un peu de pitié pour cette pauvre créature, qui à mon avis, est atteint de démence sénile. Elle est aussi victime de ces machinations et se retrouve seule face à ses propres cauchemars.
Le style d’écriture est juste un délice. L’auteur a un merveilleux talent de conteur pour nous restituer aussi fidèlement que possible toutes les émotions et tous les sentiments du personnage. La fin est juste parfaite : ni mièvre, ni utopique mais un dénouement réaliste.
C’est un roman que je recommande vivement et que je terminerai par cette citation:  « Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour… l’amour qu’une mère ressent pour ses enfants. C’est l’amour le plus fort qu’il y a dans ce monde, et c’est le plus terrible. Y a pas de pire garce sur terre qu’une mère qui a peur pour ses gosses.»

Autre(s) livre(s) de cet auteur commentés dans ce blog: 22/11/ 1963 – Brume – ÇaCoeurs perdus en Atlantide – Docteur Sleep – Dôme – La petite fille qui aimait Tom Gordon – Marche ou crève – Misery – Rêves et cauchemars – Salem – Shining

Le coeur est un chasseur solitaire

Fiche identité

  • Titre du livre: Le coeur est un chasseur solitaire
  • Auteur: Carson McCullers
  • Nombre de pages: 445
  • Édition: Le livre de poche

Résumé

Cette histoire se déroule dans une petite ville du Sud des Etats-Unis dans les années 40.  Quatre personnages gravitent autour du sourd-muet John Singer et se confient à lui.

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Ce livre pourrait être résumé en un seul mot : solitude. C’est ce thème qui court tout au long des pages, qui anime les personnages et qui est le socle de tout ce récit. Chacune de ces solitudes est différente mais étouffe ces victimes.
John Singer est sourd-muet. Lorsque son ami Antonapoulos est envoyé dans un asile, il se retrouve seul et démuni de tout lien social. Mais par un enchaînement d’évènements assez fortuits, quatre personnages vont se confier à lui régulièrement.
I
l y a d’abord Mick Kelly, une jeune adolescente sauvage et garçon manqué qui est férue de musique. Mais, née dans une fratrie nombreuse et pauvre, elle ne peut que rêver de symphonies et de notes dans son coin. A travers ce personnage, nous découvrons la vie d’une famille défavorisée du Sud avec ces tragédies et ces renoncements.
Ensuite vient Jake Blount, travailleur alcoolique et bagarreur qui erre de ville en ville. Il s’installe provisoirement dans le patelin en tant que réparateur de manèges. Il prône la lutte des classes et le renversement du capitalisme, mais ses idées n’auront aucun écho auprès des travailleurs, ce qui le frustrera d’autant plus.
Le Dr Copeland, quant à lui, est un Noir diplômé de médecine. Il rêve de droits civiques et d’une émancipation de la communauté noire par l’éducation. A travers lui, l’auteur dénonce subtilement la ségrégation de cette frange de la population. Personnage susceptible mais dévoué et généreux, son combat est une bataille perdue d’avance.
Biff Brannon est peut-être le personnage le plus discret. Propriétaire d’une brasserie qui ouvre la nuit, il souffre de son mariage raté et ensuite de son veuvage.
Chacun de ses personnages a un rêve, hormis peut-être Biff, mais les circonstances de la vie, la misère et le système social en place les empêchent de le mener à bien.  Ils se débattent comme une mouche prise dans les fils d’une araignée mais leur acharnement n’est qu’échec. C’est un livre plein de désillusions, d’amertume qui dénonce les conditions sociales difficiles dans cette partie des États-Unis.
Le style d’écriture est sombre, triste et mélancolique. Il faut une bonne dose d’attention si on veut comprendre le cheminement de l’auteur. Ne vous attendez pas à des rebondissements car il s’agit ici principalement de descriptions de faits et gestes du quotidien.
La fin a laissé un goût amer dans ma bouche, ce qui explique en grande partie cette note moyenne. Je me suis sentie vidée et déprimée après cette lecture, peut-être parce que je m’attendais à autre chose en voyant ce magnifique titre. Est-ce que je suis passée à côté d’un chef-d’œuvre ?